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Le guide du praticien libéral

Profession libérale : Comment optimiser votre revenu net ?

En activité libérale, le chiffre d’affaires est souvent le premier indicateur suivi. Pourtant, il ne reflète pas toujours la réalité du revenu disponible. Et entre la pression fiscale et l’inertie des charges sociales, il est parfois difficile de savoir si l’on fait les bons choix. Chez Cerfrance Nord-Pas-de-Calais, notre rôle est de vous donner des repères clairs pour transformer votre expertise médicale en sérénité financière. Voici le guide pour reprendre le contrôle.

Chiffre d’affaires du praticien libéral et revenu net : deux réalités très différentes

Deux professionnels de santé avec un chiffre d’affaires similaire peuvent avoir des revenus très différents. Entre vos honoraires encaissés et votre pouvoir d'achat réel, votre argent subit plusieurs "coups de rabot" successifs.  Piloter son activité, c'est maîtriser chacun de ces paramètres pour réduire cette déperdition.
 

De l’encaissement au revenu réel : les filtres de calcul

  1. Le premier filtre : Les frais de fonctionnement.

    C’est ce qu’il en coûte pour ouvrir votre cabinet chaque matin (loyer, matériel, consommables, leasing, personnel, assurances). C'est votre seuil de rentabilité, le « point mort ».
     

  2. Le deuxième filtre : Les cotisations sociales.

    URSSAF, caisses de retraite (CARMF, CARPIMKO, etc.). Elles représentent en moyenne 35 % à 45 % de votre bénéfice. Sans une anticipation précise du décalage de trésorerie, ces prélèvements peuvent devenir une dette subie plutôt qu'une charge pilotée.
     

  3. Le troisième filtre : La fiscalité.

    C'est l'impôt sur le revenu (BNC) ou l'impôt sur les sociétés (IS). C'est ici que le choix de votre statut juridique fait toute la différence sur ce qu'il vous reste à la fin.

En résumé

Chiffre d’Affaires Charges de fonctionnement = Bénéfice

Bénéfice Cotisations sociales Impôts = Revenu Net (votre pouvoir d'achat)
 

Optimiser les charges de votre cabinet : les clés de la rentabilité libérale

C’est le premier filtre : tout ce qu’il en coûte pour faire tourner votre cabinet avant même de vous verser un euro. Piloter sa rentabilité, ce n’est pas seulement réduire les coûts, c’est s’assurer que chaque dépense génère de la valeur.

Savoir piloter, c'est connaître son seuil de rentabilité.

Combien de jours devez-vous travailler chaque mois uniquement pour couvrir vos frais fixes ? (loyer, leasing, abonnements, personnel, assurances)
L'objectif : Réduire ce nombre de jours pour basculer le plus tôt possible dans le mois vers la génération de votre revenu personnel.
Le point mort n’est pas un chiffre figé : il évolue fortement selon les moments clés de votre carrière. Installation, embauche d’un collaborateur, changement de local, investissement matériel, association ou préparation d’une transmission…  Chaque étape modifie durablement la structure de vos charges et donc votre rentabilité réelle.

 

La rentabilité ne se traite pas de la même manière selon votre spécialité.

Métiers de mobilité (IDEL, Kinésithérapeutes à domicile)

Votre poste de dépense n°1 est souvent votre véhicule. 
L'arbitrage entre le barème kilométrique et les frais réels (amortissement ou loyers LOA, carburant, entretien) est un levier majeur.

Pourquoi est-ce une décision stratégique ? 
Ce choix ne réduit pas seulement vos frais ; il diminue mécaniquement votre bénéfice imposable. 
Résultat : vous baissez simultanément votre Impôt sur le Revenu et le montant de vos cotisations sociales. 

Par exemple, une infirmière libérale réalisant une tournée de 25 000 km par an, un suivi précis des kilomètres et un bon arbitrage peuvent générer un gain de 2 000 € à 4 000 € de revenu net par an.
 

Métiers de plateau technique (Dentistes, Radiologues, Ophtalmologues)

Vous gérez une petite entreprise avec du matériel et du personnel. Entre le coût des matériaux (consommables), les contrats de maintenance et le renouvellement de matériel de haute technologie, vos charges fixes sont très élevées. 

Le pilotage consiste à surveiller votre taux de marge pour que la hausse du prix des matériaux ne grignote pas votre rémunération.

La rentabilité se joue sur la négociation des achats et l'optimisation du temps au fauteuil. En effet, dans les cabinets fortement équipés, la masse des achats et charges de personnel représente souvent une part majeure du chiffre d’affaires. Sans suivi de marge, l’augmentation des coûts peut absorber une grande partie des gains d’activité.

L'exercice en groupe (SCM, Cabinets associés)

Le piège est de se reposer sur la comptabilité globale du cabinet pour partager les frais (de loyer, secrétariat, logiciel). Cette gestion commune peut masquer vos pratiques individuelles (volume d'actes, types de frais).

Piloter sa rentabilité, c'est savoir isoler ses propres charges au sein de l'association pour vérifier que votre mode d'exercice reste performant individuellement.

Avec une comptabilité analytique, vous disposez de repères objectifs pour discuter avec vos confrères et ajuster, si besoin, les clés de répartition des charges par rapport à l’usage réel que vous avez de la structure. Vous gagnez en équité et en visibilité sur ce que le cabinet collectif rapporte réellement à votre compte personnel.

Une rentabilité mieux pilotée conditionne directement votre capacité à vous verser un revenu régulier, à épargner, à investir ou à absorber un imprévu sans tension.
 

Ce que vous oubliez peut-être de déduire 

Beaucoup de praticiens sous-estiment les "petits" frais qui, cumulés, impactent le bénéfice. Frais de blanchisserie, repas du midi, ou encore crédit d'impôt formation sont des leviers simples pour abaisser votre base imposable tout en valorisant votre quotidien.
 

Cotisations sociales libérales : anticiper pour ne plus subir

C’est le deuxième filtre, souvent le plus redouté : URSSAF, retraite, prévoyance obligatoire…
Ces cotisations financent votre protection sociale et représentent dans la plupart des cas 35 % à 45 % de votre bénéfice libéral.  Mais leur mode de calcul et leur calendrier peuvent créer des écarts importants de trésorerie si elles ne sont pas anticipées. 

En effet, le système social fonctionne avec un temps de retard : le calcul définitif se base sur les revenus de l'année précédente.  Alors, sans pilotage, vous risquez de payer des cotisations faibles quand votre activité est forte, et de subir des régularisations massives l'année où vous souhaitez lever le pied.Ce décalage de trésorerie peut et doit être anticipé, notamment aux moments clés de votre carrière, afin de les intégrer dans votre gestion courante et de les lisser dans le temps.

Zoom sur les moments clés de votre carrière sociale

  1. L’installation : le piège de la 3ème année

    Durant les deux premières années, vos cotisations sont calculées sur des bases forfaitaires réduites. C’est la période où votre trésorerie semble au plus haut. Mais dès la 3ème année, l'URSSAF procède au rattrapage. Sans anticipation, ce "choc" financier peut fragiliser votre cabinet au moment même où il prend son envol.

  2. La vitesse de croisière : lisser pour ne plus subir.

    À cette étape, l'objectif est la visibilité. Piloter son social consiste à moduler ses acomptes en temps réel. Si vos revenus augmentent, vous pouvez demander à payer plus tout de suite pour éviter une dette future.

  3. La préparation de la retraite : transformer la charge en investissement

    Pour les professionnels de santé (CARMF, CARPIMKO, etc.), la retraite obligatoire est un socle, mais elle suffit rarement. L'arbitrage consiste à savoir quel montant verser en épargne retraite complémentaire (PER). C’est une "charge" intelligente : elle réduit votre bénéfice imposable et social tout en vous constituant un capital personnel pour l'avenir

Au-delà de la charge : une protection à arbitrer

  1. Piloter son social, c'est aussi s'assurer que vos cotisations vous protègent réellement. Trop souvent, la protection sociale est vécue comme une taxe, alors qu'elle est le garant de votre maintien de revenu.
  2. Votre bouclier de revenus : les garanties choisies à votre installation (Prévoyance, indemnités journalières) sont-elles toujours en phase avec votre train de vie actuel ? Un audit régulier permet d'ajuster votre couverture pour qu'en cas d'arrêt, votre revenu net reste sécurisé.
  3. La retraite subie ou choisie : la retraite obligatoire des professionnels de santé est un socle, mais elle est rarement suffisante. L'enjeu est d'utiliser les dispositifs de capitalisation (comme le PER) non pas comme une contrainte, mais comme un levier pour transformer une partie de vos impôts en futur complément de revenu.

En faisant le point sur votre protection sociale (prévoyance + retraite) tous les 3 à 5 ans, vous pouvez vérifier qu’elle reste cohérente avec vos revenus réels, et vous assurer un avenir serein.  
 

La vision "Net de Charges" 

Ne regardez jamais le solde de votre compte bancaire comme votre revenu disponible. Un pilotage efficace consiste à isoler virtuellement, chaque mois, environ 40 % de votre bénéfice. Cet argent ne vous appartient pas encore : c'est votre future protection sociale. Savoir exactement ce qu'il vous reste réellement est le premier pas vers la sérénité.
 

Le guide fiscal des professions libérales de santé

C’est le troisième et dernier filtre avant d’arriver au revenu disponible : les impôts.
La fiscalité varie en fonction de votre statut juridique et fiscal. Il s’agit donc de faire les bons choix pour avoir le revenu net le plus intéressant.


Les principaux régimes d’imposition
Avant de choisir un statut, il est essentiel de comprendre comment l'administration calcule ce qu'elle vous demande.  En libéral, la fiscalité n'est pas une science exacte et s’arbitre selon votre volume d'activité et vos charges réelles.

Le Micro-BNC : un régime simplifié pour bien démarrer

  • Mode d’imposition : IR (Impôt sur le Revenu)
  • Principe : CA utilisé pour calculer la base taxable de l’IR.
  • CA limité à 77 700 €
  • Base de calcul : Abattement forfaitaire de 34% du CA (charges)
  • Taux d’imposition : Barème progressif de 0 à 45 % selon les tranches de revenu

Pourquoi choisir ce statut ?
Pas besoin de comptabilité détaillée recettes – dépenses. 
Idéal pour les débutants ou petites activités (vacations ou temps partiel)

Quand ça n’est plus intéressant ?
Dès que vos charges réelles dépassent 34% de vos recettes (reprise d'un bail coûteux, achat d'un véhicule de tournée neuf ou augmentation des cotisations sociales).
 

Le BNC : le régime de la déclaration contrôlée

  • Mode d’imposition : IR (Impôt sur le Revenu)
  • Principe : Pas de plafond
  • Déclaration annuelle des BNC via la déclaration n°2035.
  • Base de calcul : CA – frais réels
  • Taux d’imposition : Barème progressif de 0 à 45 % selon les tranches de revenu

Pourquoi choisir ce statut ?
Il permet de déduire toutes les charges réellement supportées (loyer, matériel, assurances, etc.).
Plus exigeant, mais souvent plus intéressant fiscalement si les charges sont élevées.

Quand ça n’est plus intéressant ?
Dès que votre bénéfice net atteint 70 000 € ou si vous devez investir lourdement.

L’exercice en société (SELARL / SELAS) : le levier du pilotage

  • Mode d’imposition : IS (Impôt sur les Sociétés)
  • Principe : Création d'une personnalité juridique distincte du praticien. Le cabinet paie son propre impôt sur les bénéfices.
  • Base de calcul : CA – frais réels – rémunération du praticien.
  • Taux d’imposition :  IS à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. IR sur les salaires versés.

Pourquoi choisir ce statut ? 
Il permet de décorréler la performance du cabinet de votre revenu personnel, pour ne payer l’IR que sur ce que vous vous versez. Le surplus restant dans la société est imposé à l’IS, ce qui booste votre capacité d'autofinancement pour vos investissements ou le remboursement d'emprunts.
 

Les 3 seuils d'alerte : quand faut-il changer de modèle ?

  1. L'alerte Micro

    Vous êtes remplaçant ou en exercice mixte (Praticien Hospitalier), mais vos charges réelles (véhicule, cotisations URSSAF, assurances) dépassent 34 % de vos recettes.
    Le conseil pratique : Même sous le plafond de 77 700 €, passer au BNC Réel vous permet de ne plus payer d'impôts sur des revenus que vous avez déjà dépensés en charges.

  2. L'alerte seuil en BNC

    Votre bénéfice net en BNC atteint le seuil de 70 000 €. Vous basculez dans une tranche d'imposition où chaque euro supplémentaire est taxé à 30 % ou 41 %.
    Le conseil pratique : C’est le moment d’utiliser des leviers comme le PER (Épargne Retraite) pour déduire vos versements de votre bénéfice et faire redescendre votre fiscalité sous les tranches hautes.
     

  3. L'alerte trésorerie en BNC

    Vous laissez de l'argent sur votre compte professionnel pour financer un futur matériel ou racheter des parts de cabinet. En BNC, vous payez l'impôt plein pot dessus (jusqu'à 45 %).
    Le conseil pratique : Passer à l'IS (SELARL) permet de protéger cet argent en le taxant à seulement 15 %. C'est la solution pour investir sans subir la pression fiscale de l'impôt sur le revenu.
     

Zoom sur le passage en société pour les professions médicales

Les professionnels de santé libéraux pensent souvent que le passage de l’Entreprise Individuelle (EI), imposée à l’IR, à une société de type SELARL ou SELAS, imposée à l’IS, est réservé aux très gros cabinets. C'est faux. L'impôt sur les sociétés offre une flexibilité que l’imposition sur le revenu ne permet pas.

Quand l'IS devient-il votre meilleur allié ?

  •  Pour réguler votre tranche d'impôt : En BNC, si vous faites une année exceptionnelle, vous payez l'impôt à 41% sur tout. En société (IS), vous pouvez décider de ne pas augmenter votre rémunération personnelle et de laisser le surplus dans la société (taxé à seulement 15%).
  •  Pour investir "à moindre coût" : Si vous devez acheter un nouveau plateau technique ou rembourser un emprunt, il est bien plus efficace de le faire avec de l'argent taxé à 15% (le bénéfice de la société) plutôt qu'avec de l'argent taxé à 41% (votre revenu personnel en BNC).
  •  Pour préparer une transmission : La société permet une gestion du capital beaucoup plus souple en cas d'association ou de départ à la retraite.

Le saviez-vous ? À l'IS, vous pouvez aussi optimiser votre sortie de revenus via les dividendes ou l'épargne salariale, des leviers quasiment inaccessibles en nom propre (BNC).

Estelle D. Conseillère Cerfrance Nord Pas de Calais

Vous souhaitez mieux piloter votre activité libérale ?

Si vous souhaitez faire le point sur votre situation et approfondir les sujets évoqués dans ce guide, vous pouvez échanger avec un conseiller Cerfrance pour définir les prochaines étapes adaptées à votre activité.